Force majeure

DétailsIl y a de ces petits détails au niveau de l’apparence, qui changent tout. Non, je ne parle pas de traits de crayons techniques ou de Prime Pot sur la muqueuse de l’oeil (quoique, ça aussi, ça change tout, hein), non, aujourd’hui, j’approche la question à l’envers. C’est que, voyez vous, j’ai eu une révélation le 27 décembre. Vous vous souvenez, c’était cette journée: La tempêteUne journée de tempête historique. Une journée où, enfin revenue de chez ma maman pour Noël, j’ouvre mon courrier et découvre une lettre qui m’informe que je n’ai pas payé mes immatriculations de voiture. Rouler avec ma voiture est illégal. Mais c’est impossible. Je sais que j’ai payé. Je trouve même ma facture où j’ai écrit “Payé” de mon écriture du devoir accompli. Booon. Mais j’appelle tout de même le Bureau des Immatriculations. Et là on m’informe qu’ils n’ont pas reçu le paiement et “qu’il me suffit de me rendre à un point de service pour faire le paiement et voilà, ma situation sera régularisée.” Aussi simple que ça. Je regarde dehors. Pas une voiture. Rien. Montréal hiberne. Comme je pars le lendemain en vacances (et que nous avons absolument besoin de la voiture, des sièges d’auto des oursons et tout pour aller à l’aéroport), je prends une grande respiration. C’est la sieste des oursons. Ma maman est là. Je me dis, “Ça tombe bien, je dois aller chercher un médicament sur ordonnance” (pour mon doigt qui est infecté dû à une coupure de popotte de Noël). Une pierre, deux coups, donc. Je mets mon kit Canada Goose. Mes bottes Baffin. Je suis en jogging. J’ai un sac à dos. Je glisse mon doigt infecté dans ma mitaine en faisant une grimace. Il me faudrait des raquettes aussi mais too bad, je n’en ai pas. Je sors dehors, direction de l’Avenue Mont-Royal. Première étape, pharmacie où j’arrive hors d’haleine de ma marche en neige profonde.

En payant mon médicament, je trouve dans mon sac des billets de loterie reçus à Noël. Ho, ho, je me dis: je vais tout de suite les valider: imaginez, si je gagne, je pourrai m’acheter quelques rouges à lèvres de plus en vacances. Et effectivement, je gagne: 80$!

Deuxième étape: trouver un taxi! Je marche un peu sur Mont-Royal, puis, remonte St-Denis. J’ai de la neige partout: dans mes bottes, les cheveux, le poil de mon chapeau. L’horreur. Enfin, un taxi solitaire passe devant moi. Et me fait signe d’embarquer. Ô joie.

Enfin arrivée, la jolie fille derrière le comptoir me regarde enlever mon chapeau de poil glacé, mon col, mon foulard, mes mitaines. Soit elle habite carrément au Bureau des Immatriculations, soit elle est arrivée avant la tempête, ça n’a pas de sens. Mon doigt infecté est tout raide, dressé entre elle et moi.

Je farfouille dans mon sac à main en désordre, doigt infecté dressé, je sors ma lettre. Au passage, des cartes d’affaires d’amies avocates se dispersent sur le comptoir, comme si j’étais une criminelle qui a toute une équipe légale derrière elle. Whatever.

Bonjour Madame: j’ai reçu cette lettre, je ne comprends pas, ça n’est pas DU TOUT mon genre. D’habitude, je paie tout de manière ultra-diligente. Vraiment…” Elle me regarde de ses yeux froids, l’air de dire: “tout le monde dit ça.” Zéro sympathie. Elle a même l’air…de me juger. Je souris. 

Je sors ma carte de crédit. Elle me dit: “Ah, non, c’est argent comptant ou débit seulement.” Choc -j’arrête de respirer. Ma carte de débit est dans la poche de mon autre manteau, de mon manteau fashion. Je commence donc à compter mes sous avec mon doigt tout raide, mon vernis de Noël écaillé. Comme la préposée le fixe avec intensité je m’explique, désinvolte: “Je me suis coupée en cuisinant“. Elle me regarde, pas rassurée. Je stresse intérieurement. Je n’aurai jamais assez de liquide sur moi. Je sens qu’elle perd patience. Et soudain, éclair de génie! Je m’exclame, la voix un peu haute: “Ah! oui! J’ai des sous!!  Tout à l’heure, j’ai été faire vérifier mes billets de loterie!” En le disant j’ai eu conscience que ça n’aidait pas mon image. Peut être voudrais-je aussi payer avec des bouteilles consignées? Nettoyer un peu leur plancher? Leur laisser ma montre en gage? Peu importe, je jubile. Elle me regarde de haut. Je paie. Je m’en vais. Je lui dis au revoir, tout sourire, en la saluant de mon doigt dressé.

En sortant, je passe à la salle de bain: yeux de panda, cheveux fous-fous, cernes d’évadée de prison, vernis écaillé, maquillage fondu par zones d’exposition… Je comprends la préposée de m’avoir jugée. Moi aussi, je me serais jugée, aucun doute. Surtout avec l’histoire des billets de loterie. Je n’ai jamais été aussi anti-glam. Mais là, il y a force majeure, vraiment.

Car voyez-vous, il y a de ces détails qui changent tout: un coup de peigne (et si besoin est, un chignon ou une couette), du cache-cernes, un peu de blush, du mascara. Pas besoin d’être parfaite tout le temps. Juste le minimum pour être prise au sérieux. La beauté et la coquetterie servent aussi à ça.

Ça vous est déjà arrivé des situations pareilles?

24 thoughts on “Force majeure

  1. Ahaha j’adore ce genre d’anecdotes !! C’est bien vrai, notre apparence amène souvent les gens à nous juger trop vite.

    Il y a quelques années, rendez vous avec un documentaliste de la bibliothèque pour chercher de la documentation pour ma thèse de doctorat. Je suis en retard, j’enfile un sweat trop grand, pas le temps de me maquiller.
    Le documentaliste me sourit, et me demande s’il peut m’aider pour ” mon exposé pour le collège”. Damned.

    • Bonjour Juliette! J’adore!! Mais en même temps, il faut prendre ça comme un compliment! (genre, tu as l’air toute jeune, tes soins visage fonctionnent réellement, tu as la désinvolture d’une jeunesse rebelle, etc…) Love!

  2. Ma pauvre; comment as tu fait pour sortir ce jour là ?!! c’était juste DINGUE cette tempête, j’a vu des photos, on se demandait comment la vie continuait ! parce que nous en France, dès qu’il y a un brin de neige, y’a plus d’avions qui décollent, tout le monde prend sa voiture et ça fait des embouteillages monstre, enfin plus rien ne marche et c’est le bazar. Sinon moi un jour comme ça m’est arrivé, je vivais à moscou, j’étais malade, et j’ai appris que pour rentrer en France pour Noël, il me fallait un visa de sortie de Russie. J’étais malade, au bout du rouleau, mais bon j’ai trouvé les ressources pour aller faire les démarches.. le pire étant qu’il fallait une photo pour le visa, j’ai donc un souvenir de ce jour où j’ai été le moins glam de toute ma vie. Sur la photo on dirait une morte vivante je te jure ! et d’ailleurs une fois, une de mes copines avait le cafard alors pour la faire rire je lui ai montré cette photo, et je la lui ai laissée pour qu’elle puisse rigoler chaque fois qu’elle la verrait. et ça marche ! encore aujourd’hui (10 ans plus tard), elle est encore morte de rire quand elle voit cette photo !! Merci de partager tout cela avec nous, le Glow comme les journées de lose !!

  3. Je ne sais pas si j’arriverai à rivaliser avec cet épisode dramatique mais j’ai quelques situations qui peuvent s’en rapprocher…
    Comme toi j’ai tendance à porter un grand intérêt à la présentation, je ne peux pas sortir de chez moi en me disant “allé zou! les cheveux sales c’est écolo” et j’accorde une attention toute particulière aux détails. Je pense que tout ceci est une question de point de vu, il faut se trouver belle pour dégager de la beauté. Du coup je ne laisse rien au hasard au quotidien et encore plus lorsqu’il il s’agit de passer un entretien chez Prada.
    J’ai 22 ans, je suis hyper stressée, j’ai répété ma tenue plusieurs jours auparavant, j’ai demandé les avis des copines, j’ai eu du mal à m’endormir et ce matin c’est parti! Sauf que voilà même à Paris l’hiver peut être glacial et ce matin surprise un beau manteau blanc a envahi le ville. Pas de panique me suis-je alors dit, je vais mettre la tenue prévue (pantalon noir super bien coupé escarpins vernis talons aiguilles, blouse en soie, et manteau (quand même)) et commander un taxi. Porte à porte, cette neige ne changera pas grand chose! Je me prépare et, en parfaite petite blonde que je suis (si si moi aussi), j’attends le dernier moment pour appeler le taxi.
    C’était prévisible, plus de taxi, plus le temps de me changer, panique!! Je pars de chez moi sur mes escarpins de 12, glacée, gelée, goute-au-nezifiée.
    Au bout de dix minutes à galèrer sur le verglas j’atteint la station de métro, je suis en retard et le changement soudain de température me fait transpirer. Je dois être toute rouge! les gens me regardent bizarrement, ils ont tous revêtu leurs jolis moonboots et leurs doudounes à plumes et moi j’ai l’air tout droit sortie du diable s’habille en Prada version rouge, transpirante, maquillage qui coule.
    Je regarde mes pieds qui cherchent à m’envoyer un message “la prochaine fois mets des chaussettes la blonde!!” ils sont rouges et gonflés et je ne les sens plus. Je me demande combien de temps cela prend pour qu’ils soient définitivement irrécupérables.
    Il est temps de ressortir, d’affronter le froid à nouveau, je commençais seulement à décongeler! Je suis en retard, je pense à abandonner, mais non!
    Me voilà dehors je ne sais pas ou aller, je n’ai pas de GPS dans mon téléphone, un vent glacial a envahi les rues, mes cheveux se soulèvent tournoient, se couvrent de neige et retombent dans mes yeux et sur mon gloss, dont il ne dois pas rester grand chose, juste assez pour les coller à mes joues rouges et glacées, mon nez coule mes chevilles gelées tremblotes et mes talons glissent sur le verglas, je manque de finir par terre à plusieurs reprises. Sans compter les passants qui me jettent de drôles de regards “qui est la folle en stiléttos? Encore une échappées de Prada!” Ahah j’approche!
    Au final je suis arrivée dix minutes en retard (pour moi arriver en retard même d’une minute est une chose inadmissible et trrrès embarrassante alors imaginez!), j’ai mis dix minutes de plus à retrouver mes esprits (et à ouvrir leur lourde porte d’entrée, il fallait pousser et non pas tirer (cerveau congelé)). Bref, vous devinerez que je n’ai pas été prise.
    Cela fait trois ans maintenant que cette affreuse journée s’est passée (et depuis j’ai trouvé un très bon job, pas de panique ;)), j’avais l’excuse de la jeunesse et disons que grace à ça j’ai appris pas mal de choses. Notamment que les taxis se commandent en avance, surtout quand il neige. Et aussi qu’une paire de baskets peuvent aisément se glisser dans un sac à main!
    Je suis désolée pour la longueur du message mais il fallait que j’en parle à quelqu’un qui comprend! Je suis restée très vague auprès de mes amis concernant cet entretien sur le coup, en miss parfaite tu deviennes pourquoi!!
    La vie n’est pas toujours simple quand on est une femme, mais après, longtemps après, et avec beaucoup de recul, on en rigole!
    Belle journée boucle d’or et merci pour ce blog que j’adore!

    Valentina

  4. Chère Boucle d’Or,

    Ce qui est un cas de force majeur, c’est le vernis Lou Ling de Guerlain !!!

    Très belle journée,

    gros becs

    Marie

  5. Un lendemain de tempête de neige (oui, moi aussi je vis à Montréal), j’avais une entrevue d’embauche. Je décide de porter un pantalon noir, une veste noire en lainage “très classe” et des bottes que j’ai dû enlever au vestiaire, parce que trop mouillées. Mais, zut, j’avais oublié d’apporter mes chaussures. L’entrevue se passe bien et plutôt de manière très sympathique. Le lendemain on m’a rappelée pour une seconde rencontre avec le grand patron de l’entreprise en me disant de m’habiller cette fois, de manière plus “corporate”. Je n’y suis jamais retournée. Je n’avais pas envie de travailler avec des personnes qui ne peuvent pas faire la part des choses et comprendre que parfois, comme le dit Boucle d’Or, il y a “force majeure” comme un mètre de neige à enjamber en sortant de la voiture.

  6. J’ai adoré lire ton anecdote qui m’a tenu en haleine tout du long!!! Un cas de ce genre ne m’est jamais arrivé, mais tu avais qu’à demander à la fille à l’accueil quel était son problème et si elle voulait ta photo?!?! Nan mais j’hallucine, je supporte pas les gens qui nous regardent de haut! Par contre, je crie au scandale : tu as repayé alors que tu avais déjà payé?! Mais c’est une honte, tu n’aurais pas dû te laisser faire! Quoi qu’il en soit j’espère que ton petit doigt est guéri!

    • Bonjour Marie67! Merci beaucoup! Non, pas de souci, j’ai regardé mon compte et le paiement n’avait effectivement pas passé (j’ai peut être oublié de cliquer confirmer, qui sait! 😉 Oui, mon doigt est tout guéri! À bientôt!

  7. J’adore ton histoire! Je pense que c’est mon post préféré depuis les 8 mois que je te lis, Boucle d’or! 🙂

    J’ai déjà eu un accident de voiture alors que j’allais porter mon fils a la garderie: je m’étais dit “pas grave, il y a juste la gardienne qui va me voir, je viendrai prendre ma douche après, me maquiller et m’habiller convenablement”…mais j’ai du parler avec l’homme qui a foncé dans ma voiture, aller la porter au garage devant une dizaine de gars qui y travaillaient et me faite accompagner par le plus beau d’entre eux pour aller me louer une autre voiture dans une compagnie ou tout le monde devait me juger avec mes joggings, mes cheveux sales et mon visage fripé!

    Morale de cette histoire: même si on pense sortir juste 5 min, le cache cerne, un “pssscht” de shampoing sec et une couche de mascara ne sont jamais de trop!

  8. j’adooooooooore ton post comme tous les autres d’ailleurs, j’ai l’impression qu’on est pas là que pour discuter beauté et cosméto, mais il ya également bcp de valeurs, la famille par exemple, la meilleure chose qui soit, Merci.
    Pour mon histoire, j’ai une fois dû enmener mon bébé de 3 mois (à l’époque, 3 ans et demi aujourd’hui) d’urgence aux urgences!!!! vous pourrez imaginer alors, l’état dans lequel une maman, qui de plus est seule avec son bébé malade, serait. je rentre alors, je remplis le dossier, mon tour arrive, je rentre chez le médecin de garde et celle ci, s’arrardant un peu sur mon piercing (au nez) et mes boucles blondes, me demande tout bonnement, ou est la maman du bébé???? d’accord, elle aurait tout simplement pu me demander si j’étais sa maman à ce bébé à la fin!!!! depuis, je n’ai pls de piercing(boulot de banque oblige) mes cheveux sont toujous bouclés par contre, mais je n’ai toujours pas oublié cet épisode quand même.

    • Bonjour Sarah! Merci, merci pour ton beau commentaire! J’en suis vraiment touchée! J’ai adoré ton anecdote qui m’a fait sourire et m’a rappelé une fois où Petite Ourse (qui avait un an) m’a vomi dessus aux urgences. Contrairement à Petite Ourse (qui avait un pyjama de rechange dans mon sac) moi, je n’avais pas de vêtement de rechange. On m’a donc donné une robe de nuit d’hôpital. En sortant, à 4 heures du matin, mon taxi semblait penser que j’étais une patiente de psychiatrie qui venait de kidnapper un bébé. Depuis, à l’hôpital comme dans l’avion, maman au aussi un top dans le sac, juste au cas où. À bientôt!

  9. Tres drole cette histoire! Et c’est si bien raconte! C’est vrai que peu importe ou l’on va on se fait juger… Je sais, ayant moi meme piercing et tatou( ce qui ne m’enpeche pas d’etre une gentille fille et d’avoir de la classe, hein?) je suis devenue experte-cameleon… Mais n’empeche, il y a des gens qui te jugent parce que tu es trop “clean” ou “girlie” et d’autre qui jugent pour les raisons inverses… On ne s’en sort pas vraiment. Le mieux est d’etre fiers de ce qu’on est, d’avoir la classe de ne pas juger les autres memes si eux le font parfois, et comme tu as fait avec la desagreable femme de la saaq; garder le sourire malgre tout!
    Xoxo bonne soiree!

  10. Ce qui m’étonne le plus dans ce genre de situations, c’est le manque d’empathie de certaines personnes. L’expérience de la vie nous apprend tout de même au fil du temps que les circonstances ne nous permettent pas toujours de faire les choses et d’être exactement comme nous l’aurions souhaité. En l’occurence cette jeune femme connaissait les conditions climatiques et les difficultés que tu avais dû surmonter pour arriver jusqu’à elle afin de régler ce pb administratif. Personnellement je préfère avoir à faire à une personne aimable et sympathique ne fût-elle pas au mieux de sa beauté qu’à une personne bien mise mais peu avenante.
    Enfin l’essentiel Boucle d’Or, c’est que tu aies pu régler ton pb et partir en vacances. Dans ce genre de situation, je me répète ce que dit l’une de mes nièces qui n’en a rien à faire de ce que les autres dans la rue peuvent penser ou dire d’elle : “Si tu crois que les autres te regardent, ils ne te voient pas, ils n’en ont rien à faire et moi non plus je ne prête pas davantage attention que cela aux gens que je croise !” Carpe diem ! 🙂 Mais surtout j’espère que ton doigt va mieux.

    • Bonjour nausikaa63! Oui, je suis d’accord avec toi sur tout, très bien dit. Un peu d’indulgence, de vivre et laisser vivre…Enfin… Mon doigt va mieux, ouf! À très bientôt!

  11. j’aime beaucoup ton anecdote! je n’ai pas d’autre à son hauteur..! sinon, t’as bien raison de dire que mascara, cache cernes et blush devrait être toujours le minimum! mais je précise : pas pour être prise au sérieux, mais pour être sure d’avoir un aspect agréable et transmettre de la sûreté à mon interlocuteur…je ne sais pas si j’arrive à exprimer le concept…en tout cas excellent article comme d’habitude!

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